Publications scientifiques concernant la lutte contre le Varroa


Le texte suivant provient d’une communication d’ADA France de novembre 2020.

RAPPEL REGLEMENTAIRE SUR L’UTILISATION DE MEDICAMENTS DE LUTTE CONTRE VARROA NE BENEFICIANT PAR D’AUTORISATION DE MISE SUR LE MARCHE

ADA France, dans son rôle de représentant national du réseau des Associations de Développement de l’Apiculture (ADA), a participé le mardi 20 octobre 2020 à une réunion à laquelle étaient présents des représentants de l’Agence Nationale du Médicament Vétérinaire (ANMV) et de la Direction Générale de l’Alimentation (DGAL), une des quatre directions composant le Ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation. Lors de cette réunion les représentants de ces deux organismes ont rappelé l’existence de plusieurs obligations réglementaires concernant l’utilisation de médicaments ne bénéficiant pas d’Autorisation de Mise sur le Marché (AMM) et la communication qui y est liée. La filière apicole et le réseau ADA sont donc concernés de par l’utilisation de médicaments dans le cadre de la lutte contre la varroose. Via l’envoi de la présente lettre nous nous faisons le relais du message de l’ANMV pour rappeler aux membres de notre réseau les règles encadrant l’utilisation de médicaments vétérinaires et les risques encourus lors de l’utilisation de produits sans AMM.

Contrôle de l’expérimentation sur des médicaments ne bénéficiant pas d’Autorisation de Mise sur le Marché

Il est rappelé aux membres du réseau ADA que les expérimentations faisant intervenir des médicaments ne bénéficiant pas d’AMM ne doivent pas être menées sur des ruchers de production (appartenant à un apiculteur ou à une ADA), car le cheptel sur lequel est menée l’expérimentation ne doit pas générer de produits se retrouvant dans la chaîne alimentaire. En cas d’usage de produit sans AMM pour lutter contre la varroose, l’administration peut demander la mise à mort du cheptel concerné ainsi que la destruction des produits issus des ruches ayant reçu le produit. En cas de non- respect, l’association ainsi que l’éventuel apiculteur ayant participé aux expérimentations s’exposent tous deux à des sanctions pouvant, le cas échéant, aller jusqu’à 150 000 €. La question de l’utilisation de médicaments hors AMM sur des ruchers expérimentaux doit encore être expertisée, afin que nous puissions avoir une vision claire de ce qui doit être mis en œuvre par la structure porteuse, dans ce cas.

Interdiction de toute communication pouvant être assimilée à de l’incitation à utiliser des médicaments non AMM

Il est rappelé aux membres du réseau ADA que toute communication pouvant inciter les apiculteurs français à utiliser des substances de lutte contre varroa ne bénéficiant pas d’AMM est strictement interdite. Sont notamment concernées les mentions de l’efficacité d’une substance par rapport à un médicament bénéficiant d’une AMM, les préconisations de préparation de mélanges de substances actives, ainsi que les conseils d’utilisation de ces substances. La limitation de ce type de publications permettra d’éviter d’inciter les apiculteurs à l’utilisation de médicaments vétérinaires non autorisés.

Rappel sur les moyens de lutte contre varroa utilisés par les apiculteurs professionnels

Nous invitons tous les membres du réseau à rappeler à leurs adhérents apiculteurs que seul l’usage de médicaments bénéficiant d’AMM est autorisé sur leurs ruches et uniquement dans le cadre défini par leur AMM. Par définition, toute substance utilisée pour traiter le varroa est considérée comme un médicament vétérinaire. L’usage de substance active non autorisée, comme précisé dans le règlement européen 2019-2090, peut donc exposer l’apiculteur concerné à de lourdes sanctions. Nous sommes conscients que ces rappels à la réglementation viennent perturber notre réseau dans son double rôle d’objectivation des pratiques des apiculteurs et de recherche de moyens de lutte innovants. Rappelons notamment ici que le réseau, en partenariat avec l’ITSAP-Institut de l’abeille, a testé environ une vingtaine de moyens de lutte contre varroa différents durant ces dernières années. Ces essais ayant notamment participé I) à la diversification de l’offre en produits de traitement homologués, II) à la mise de côté de produits qui se sont révélés inefficaces sur le terrain (notamment certaines huiles essentielles ou des aliments à base de probiotiques), III) à la détection des effets non intentionnels de certains produits qui ont valu une déclaration à la pharmacovigilance (Apibioxal et MAQS). C’est pourquoi nous travaillons actuellement à la recherche de solutions permettant à nos structures de pouvoir continuer leurs actions tout en restant dans le respect de la législation en vigueur. A ce titre, nous vous informons qu’INTERAPI a été saisie par une demande d’expertise de la règlementation, demandée conjointement par ADA France et l’ITSAP afin de savoir dans quel cadre nous pourrons faire évoluer nos expérimentations et avec quelles latitudes nous pourrons communiquer.Conscients des contraintes supplémentaires qui pèseront sur l’encadrement, l’exécution des expérimentations et des menaces portées sur la capacité du réseau R&D à soutenir une politique ambitieuse dans la lutte contre Varroa, soyez certains que nous ferons notre possible pour étudier et trouver toutes les solutions pouvant répondre à la règlementation mais aussi à nos besoins.

La Fédération des ADA, Novembre 2020

Jean Bernard GARNIER, Président d’ADA France

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Nous vous annonçons le premier contenu d’un cycle de visioconférences libre de droits et de consultations dédié au sanitaire apicole. 

La perspective est de créer un réseau international de partage des connaissances. 

L’initiative est portée par Paul Fert et Gérard Schiro. 

Les frais des visioconférences sont pris en charge par la SARL Api-Culture dont Gérard Schiro est le gérant. 

La première visioconférence a eu lieu le 10 décembre 2020.

Pour la revoir librement, vous pouvez accéder à la page Facebook du GDSA 65 (https://www.facebook.com/GDSA-65-105567534734980), ou cliquer sur le lien suivant :

https://us02web.zoom.us/rec/share/5I3wJroXgRI8a4yGGcOhiKKJbbVksarQCNPSuww_SYan5gSuFwTBPfXRGANGrvm1.U6tkT_qXsuqMjPts (Code secret: 7w.GemB9)

La visioconférence portait sur la pratique de mise en caveau d’hivernage au Québec. Elle était effectuée par Émile Houle, technicien apicole pour le Centre de Recherche en Sciences Animales de Deschambault (Québec) et Jocelyn Marceau ingénieur au Ministère de l’Agriculture du Québec.

L’idée est de vulgariser les connaissances acquises au Québec et les adapter à notre contexte local pour viser plusieurs objectifs. 

  1. Isoler et préserver les colonies d’abeilles exposées à la prédation du frelon asiatique l’automne. 
  2. Provoquer un arrêt de ponte de la reine pour améliorer l’efficacité du produit acaricide utilisé contre la varroase 
  3. Créer une période sans couvain pour un contexte biologique défavorable au développement de la varroase 
  4. Préserver la colonie (la reine les abeilles et les réserves) en créant un confinement dirigé et adapté au cycle saisonnier local.
  5. Limiter les recontaminations environnementales

Merci de faire « rebondir » l’information..


Visioconférence Hivernage en caveau au Québec, Émilie Houle, Jocelyn Marceau.

10 décembre 2020

Nous vous annonçons le premier contenu d’un cycle de visioconférences libre de droits et de consultations dédié au sanitaire apicole. 

La perspective est de créer un réseau international de partage des connaissances. 

L’initiative est portée par Paul Fert et Gérard Schiro. 

Les frais des visioconférences sont pris en charge par la SARL Api-Culture dont Gérard Schiro est le gérant. 

La première visioconférence a eu lieu le 10 décembre 2020.

Pour la revoir librement, vous pouvez accéder à la page Facebook du GDSA 65 (https://www.facebook.com/GDSA-65-105567534734980), ou cliquer sur le lien suivant :

https://us02web.zoom.us/rec/share/5I3wJroXgRI8a4yGGcOhiKKJbbVksarQCNPSuww_SYan5gSuFwTBPfXRGANGrvm1.U6tkT_qXsuqMjPts (Code secret: 7w.GemB9)

La visioconférence portait sur la pratique de mise en caveau d’hivernage au Québec. Elle était effectuée par Émile Houle, technicien apicole pour le Centre de Recherche en Sciences Animales de Deschambault (Québec) et Jocelyn Marceau ingénieur au Ministère de l’Agriculture du Québec.

L’idée est de vulgariser les connaissances acquises au Québec et les adapter à notre contexte local pour viser plusieurs objectifs. 

  1. Isoler et préserver les colonies d’abeilles exposées à la prédation du frelon asiatique l’automne. 
  2. Provoquer un arrêt de ponte de la reine pour améliorer l’efficacité du produit acaricide utilisé contre la varroase 
  3. Créer une période sans couvain pour un contexte biologique défavorable au développement de la varroase 
  4. Préserver la colonie (la reine les abeilles et les réserves) en créant un confinement dirigé et adapté au cycle saisonnier local. 
  5. Améliorer l’efficacité de l’acaricide en place
  6. Eviter les recontaminations environnementales

La loque américaine (Paenibacillus larvae)

Généralités

La loque américaine est une maladie du couvain. Contagieuse, elle est susceptible d’être rencontrée dans les ruches suite à la prolifération des spores d’une bactérie appelée Paenibacillus larvae. Comme le rappellent les différentes synthèses en la matière (notamment Franchi et de Kersauson en 2018), la France obtient de mauvais résultats en matière de maitrise de la diffusion de la loque américaine, comparativement aux autres pays européens. Cette fiche résume les résultats de différents travaux techniques et scientifiques pour une meilleure prévention et lutte contre cette maladie du couvain, qu’il est possible de juguler après une série d’efforts, comme l’a notamment démontré la Nouvelle Zélande, après l’avoir considérée comme maladie apicole principale du pays dans les années 1990. 

Ce que dit la réglementation (Arrêtés ministériels du 23 décembre 2009 et 29 juillet 2013)

La Loque américaine est officiellement classée en danger de première catégorie. A ce titre, les autorités sanitaires exigent la déclaration de toute suspicion auprès des services départementaux de la Direction Départementale de Protection des Populations (DDPP), où un guichet unique centralise les appels de ce genre. Un vétérinaire qualifié est ensuite mandaté pour confirmer ou non la suspicion. Le temps de recevoir la confirmation par analyse laboratoire et si la maladie est avérée, un arrêté préfectoral peut définir autour du rucher :

1) une zone centrale dite « zone de confinement », 

2) autour de laquelle figure une « zone de protection » de 3 km, 

3) et enfin une « zone de surveillance » de 2 km. 

Les mouvements de ruches sont alors interdits dans ces zones, sauf dérogation, et les ruches y sont recensées. Les ruchers de la zone 1 et 2 font l’objet d’examens cliniques. Le matériel apicole, colonies et produits de la ruche de la zone confinée font l’objet de désinfection ou de destruction, auquel cas des indemnisations sont prévues. Les analyses et frais de vétérinaires sont pris en charge par l’État.

La levée de l’arrêté préfectoral intervient dès lors que toute suspicion de maladie réputée contagieuse est écartée.

Zone de protection (3km)

Zone de surveillance (2km)

Caractérisation

Il existe plusieurs souches de Paenibacillus larvae, plus ou moins virulentes qui circulent à travers le monde. On en retrouve des spores dans pratiquement toutes les colonies saines. En raison de causes favorisantes évoquées ci-après, la colonie peut se retrouver submergée par la prolifération des spores qui se multiplient dans les larves et nymphes, qui en meurent. Cela se traduit par une mortalité de couvain, pouvant entrainer la perte de la colonie tout entière.

L’un des premiers symptômes apparents d’une colonie atteinte de loque américaine est donc la présence d’un couvain disséminé (aussi dit « en mosaïque », Cf. illustration 1). 

En y regardant de plus près, certaines opercules peuvent avoir une allure humide, être affaissées et/ou perforées, tandis que des larves se décomposent dans les cellules, prenant une couleur entre le brun clair et le brun foncé. Les larves finissent par dessécher en formant une écaille foncée très adhérente aux parois des cellules. 

Une forte odeur putride, ammoniacale, se dégage généralement du couvain. Cependant, ce symptôme peut ne pas être rencontré dans certains cas. 

Le test empirique de l’allumette (Illustration 2) permet dans la plupart des cas de distinguer la loque américaine d’une loque européenne. Il consiste à plonger une brindille de l’épaisseur d’une allumette au fond de l’alvéole infectée, et la retirer délicatement pour vérifier si un liquide visqueux s’y attache et file sur au moins 2 centimètres, ce qui est caractéristique de la loque américaine dans un grand nombre de cas. 

Illustration 1 : Couvain en mosaïque, aux opercules trouées et affaissées

Illustration 2 : Larve brune et filante, caractéristique de la loque américaine

Transmission et causes favorisantes

Tout stress affaiblissant les colonies peut favoriser l’apparition de loque américaine.

Les spores de loque américaine sont largement transmises par la dérive, l’utilisation de matériel contaminé, les échanges de cadres, le nourrissement avec du miel contaminé, le pillage de matériel ou de colonies faibles qui en sont atteintes.

Selon l’ITSAP, « La transmission de la loque américaine a lieu dans un rayon d’un kilomètre autour de la ruche malade et plus faiblement à deux kilomètres de distance mais cette distance augmente quand les colonies mortes de loque américaine sont pillées ».

Par trophallaxie, les abeilles nourrices ingèrent des spores et les transmettent aux larves lorsqu’elles les alimentent.

Mesures de prévention

La lutte contre la loque américaine passe par une discipline permanente, qui inclue notamment :

  • Le respect des bonnes pratiques d’hygiène au rucher et aux abords des bâtiments apicoles (propreté et désinfection du matériel de visite et du matériel entreposé, éviter le pillage, le nourrissement au miel et l’échange de cadres, etc.).
  • Des visites régulières du cheptel et de l’état du couvain pour déceler les premiers signes le plus rapidement possible.
  • Le renouvellement régulier des cadres de couvain, tous les 3-4 ans.
  • La mise à l’écart et l’observation des essaims capturés et des colonies nouvellement acquises (essaims et paquets d’abeilles). 
  • La sélection d’abeilles hygiéniques, méthode la plus sécurisante pour l’apiculteur. Le caractère hygiénique est évalué par la rapidité d’une colonie à éliminer du couvain congelé ou tué par une aiguille à travers l’opercule (pin test). Les travaux de la chercheuse américaine Marla Spivak démontrent la corrélation entre abeilles hygiéniques et absence de loque américaine.

Élimination

Très tenaces, les spores de loque américaine peuvent survivre plus de 40 ans sur le matériel apicole et dans la nature, et indéfiniment dans le miel. Après la découverte de loque américaine, il convient donc d’isoler et d’éliminer sans tarder les sources de spores.

Les colonies les plus affectées doivent être euthanasiées (à la mèche de souffre par exemple) puis incinérées avec la totalité des abeilles à l’intérieur, les cadres et produits de la ruche incinérés, et la ruche soigneusement désinfectée, voire incinérée.

L’incinération doit se faire totalement et les cendres et résidus doivent rester hors de portée des abeilles extérieures. Il est donc préférable de creuser un trou dans le sol, qui sera recouvert immédiatement après la fin du feu.

Si la période de la saison est favorable, les abeilles des colonies les moins touchées peuvent éventuellement être préservées en respectant un suivi, une mise à l’écart du reste du cheptel, et une procédure de nettoyage et de désinfection scrupuleux :

  • Transvasement simple ou double transvasement, avec incinération des cires, et désinfection ou incinération de la ruche et ses éléments.
  • Changement de reine pour une génétique plus hygiénique. 

Notons que le transvasement est interdit en Nouvelle Zélande et en Angleterre dans le cadre de la Loque Américaine, au profit de l’élimination pure et simple des colonies.

Méthodes d’élimination des spores (après avoir gratté et incinéré la cire, propolis et miel en contact avec une colonie infectée), en respectant toutes les précautions d’usage :

  • Par chalumeau en insistant bien (en obtenant un aspect « pain grillé » pour les surfaces de bois).
  • Par chaleur sèche (four, étuve, etc.) ou chaleur humide (autoclave) à 130°C pendant 30 minutes.
  • Par bain de cire microcristalline ou paraffine à au moins 160°C pendant au moins 10 minutes. Des thermomètres permettent de mesurer la température jusqu’à 200°C.
  • Par bain javellisé tiède (une vingtaine de degrés) à 1,5% de chlore actif pendant 20 minutes à l’abri de la lumière.
  • Par bain chaud de lessive de soude (soude caustique) concentrée à 6% (60°C pour les matières plastiques, davantage pour les autres matériaux).
  • Par rayons gamma (ionisation).

Notons que la congélation est sans effet sur les spores.

En cas d’impossibilité de désinfection totale, le matériel doit être détruit.

En France, l’utilisation d’antibiotiques est interdite en apiculture. L’usage d’antibiotiques a été autorisé et même préconisé jusqu’à leur interdiction définitive en 2015. Les effets négatifs des antibiotiques ne sont plus à démontrer : résidus retrouvés dans les produits de la ruche, cas de résistance de la loque, inefficacité à détruire les spores de loque.

La position du GDSA 65/Le mot du président du GDSA 65

Sources bibliographiques :

  • ANSES, La loque américaine – Plaquette d’information LRUE, 2017.
  • BOUCHER, Maladies des abeilles, Éditions France Agricole, 2016.
  • GOODWIN et VAN EATON, Elimination of American Foulbrood without the use of drugs, National Beekeepers’ Association of New Zealand, 1999.
  • FRANCHI & DE KERSAUSON, Synthèse bibliographique, La France, mauvaise élève en matière de loque américaine, La Santé de l’Abeille, 09-10/2018.
  • ITSAP, Guide des bonnes pratiques apicoles, Fiche M2, 2018.
  • SPIVAK & REUTER, Resistance to American foulbrood disease by honey bee colonies Apis mellifera bred for hygienic behavior, Apidologie, 2001.